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Emulation semaine 3 : métamorphes

 
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Dee
Ecrivain


Inscrit le: 10 Mai 2007
Messages: 40

MessagePosté le: Sam Jan 19, 2008 9:33 am    Sujet du message: Emulation semaine 3 : métamorphes Répondre en citant

  Date de début : 21/01/2008
   Date de fin : 28/01/2008
   Thème : métamorphes (changelins pour les trekkers)
   Taille min : 1 page A4
   Taille max : 2 pages A4
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brendigoo
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Inscrit le: 06 Mai 2007
Messages: 55

MessagePosté le: Dim Jan 20, 2008 7:02 pm    Sujet du message: Une version moderne Répondre en citant

  « Prochain arrêt, Sarcelles ».
  La voix suave rasséréna Jonathan. De toutes façons, comme le disait son père, les informations ne sont qu'un ramassis de conneries. Si Sarcelles faisait peur aux gamins de dix ans et aux mémés en rocking-chair, c'était la faute des journalistes. Le RER décéléra et Jonathan put voir à travers la fenêtre la passerelle qui enjambait les rails. Christophe, son petit cousin d'Arles, jetait des regards inquiets à tous les jeunes de la rame. Il lui ficha un coup de coude pour qu'il cesse.
  - Tu vas nous attirer des ennuis, Chris, arrêtes putain. On arrive, alors c'est pas le moment de faire le con. Si tu te comportes normalement, tout se passera bien. Fais-moi confiance, je suis de Paris.
  - Oh fan, tu parles, tu habites dans le seizième.
  - Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis jamais sorti de mon quartier ? Quand j'avais ton âge, je faisais déjà du skate à Bir Hakeim.
  - C'est où ça, Birraquaime ?
  - Pfff, laisse tomber.
  
  Les portent s'ouvrirent et Jonathan descendit avec nonchalance, pour dissimuler son stress. Il avait les mains moites et son coeur battait trop vite. Christophe, qui le suivait, accroché à son manteau, trébucha et s'affala sur lui. Des rires s'élevèrent, pas très loin. On se moquait d'eux ? Il aida sèchement son cousin à se relever et essaya d'identifier l'origine des rires. Le quai était presque désert. Rien d'étonnant à treize heures.
  Ils prirent la passerelle et pénétrèrent dans la gare. Un groupe de jeunes blacks faisaient une battle de break dance. Christophe resta cloué sur place, les bras ballants.
  - T'es parents te laissent pas regarder MTV ? » le railla Jonathan. « Laisse tomber, ils sont trop nases. Sur MTV les mecs ils font dix fois mieux. »
  
  Ils quittèrent le bâtiment. Jonathan sortit le papier de Mappy qu'il avait imprimé. Le plan indiquait que le vendeur habitait assez loin de la gare. Ils remontèrent une avenue paisible.
  - C'est vert, remarqua Christophe.
  - Je te l'ai dit, faut pas croire les journaux. C'est la cambrousse ici.
  Au bout d'un quart d'heure, il tournèrent à droite, traversèrent un parc et remontèrent une avenue bruyante. Des poids lourds passaient en trombe.
  - C'est cool, s'exclama joyeusement Christophe. Quand je vais raconter ça à mes copaings.
  Jonathan esquissa un sourire. Les jeunes étaient si enthousiastes.
  
  Ils atteignirent enfin le point de la carte, 10 Allée de ChantePie. Le nom bucolique collait avec les parterres de verdure et le parc pour enfants un peu plus loin. Cependant, la disposition des bâtiments en « U », les carreaux cassés et les paraboles qui jaillissaient des appartements firent penser à Jonathan qu'il fallait rester vigilant. Les lieux n'avait pas l'allure d'une cité, du moins telle qu'il pouvait se l'imaginer, mais après tout, il n'avait jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit.
  
  Un gars sortit d'un immeuble, avec une démarche qui trahissait sa jeunesse, et un jogging canari qui ne faisait pas pour autant de lui un poussin. Les deux garçons le dévisagèrent sans s'en rendre compte. Le mec se dirigea droit sur eux.
  - Qu'est-ce qui a ? T'as un problème ?
  Il s'adressait à Jonathan parce que Christophe se blottissait derrière son cousin.
  - Hum...hum. Non. Non, ça va bien, merci.
  Le gars s'esclaffa en se frappant la cuisse.
  - Putain, j'le crois pas. Qu'est-ce qui vous amène dans le coin, les bouffons ? Z'avez perdu votre reume, c'est ça ?
  Jonathan pressentait quelque piège sournois. « Reume » signifiait « mère », il le savait, mais pourquoi ce type pensait-il donc qu'ils avaient perdu leur mère ? Avaient-ils l'air d'être si juvéniles que cela ? Il se sentit obligé de se justifier.
  - Nous venons acheter une PSP. On a gagné la vente sur E-Bay.
  Le visage du type s'éclaira.
  - Une PSP ? Vous l'avez eu pour combien ?
  - Deux cents euros, mais avec deux jeux.
  - Et on vous l'a pas envoyée par la poste, je suppose. Vous avez l'argent sur vous ?
  
  Jonathan aurait préféré ne pas à avoir à répondre à ce genre de question. L'après-midi était ensoleillé et les lieux plutôt calmes, mais ils étaient quand même seuls avec ce mec qui les dépassait de deux têtes (trois pour Christophe). Il inventa un bobard pour se sortir de ce mauvais pas.
  - Non, le vendeur nous montre juste la console et si on est satisfait, il nous l'envoie ensuite par la poste et on le règle à ce moment.
  - Ouais, trop ça, mec. Vas-y, aboule le fric.
  - Comment ?
  - Tu veux pas que je frappe ton petit frère, hein ? T'es pas sourd, connard ? J'ai dit, donne moi ta thune. Maintenant.
  Christophe se mit à détaler mais le gars le faucha avant qu'il ne fasse deux mètres. Il tomba la tête la première sur les pavés et s'amocha la lèvre et le nez. Du sang se répandit. Christophe pleurnicha.
  Jonathan, qui se voyait comme le protecteur de son cousin, serra les poings de rage. Il lui en aurait bien coller une dans les gencives mais il savait très bien que l'autre aurait le dessus sans problème.
  - Le fric.
  Jonathan ouvrit son blouson et commença à fouiller dans son porte-monnaie. Toutes ses économies de Noël y figuraient. Le billet de cinquante euros que lui avait donné sa grand-mère Margot, les deux billets de cinquante de ses parents, et même les dix euros de sa petite soeur qui avait vendu plusieurs de ses livres pour les lui offrir. Il regarda son raquetteur dans les yeux, soudainement déterminé à lutter jusqu'au bout.
  - Vous habitez ici, je vous ai vu sortir de cet immeuble. Si vous prenez mon argent, rien ne m'empêchera de vous dénoncer aux flics, vous savez.
  - Arrêtes, je flippe trop ma race. Le bouffon va me dénoncer aux keufs. T'entends ça Fred ?
  
  Un jeune au crane rasé apparut à une fenêtre, une clope à la main.
  - Arrête de maltraiter mes clients, Omar. Vont plus vouloir venir après.
  Jonathan ressentit un immense soulagement. Le type qui était apparu était celui qui lui avait vendu la PSP.
  - T'as apporté la thune, petit ?
  Jonathan opina sagement du chef.
  - Tu as les quatre cents euros ?
  L'ordure !
  - Vous aviez indiqué deux cents.
  - Ouais, mais c'était sans les frais de port.
  - Les frais de port ? C'est moi qui suis venu la chercher.
  - Justement. Tu vois, ici, y a une taxe. Quand on vient à Sarcelles faut que tu paies. Sinon, comment tu veux que je te défende contre les gens comme Omar ? Tu as vu ce qu'il a fait à ton petit frère ?
  - C'est pas mon frère, c'est mon cousin.
  - Cousin, frère, pour nous c'est pareil, gros. T'as combien sur toi ?
  - Deux cents, comme convenu.
  - Vas-y file, et reviens avec les quatre cents si tu veux la console
  Jonathan aida Christophe à se relever. Il lui donna un mouchoir et commença à s'en aller avec lui.
  - T'oublies quelque chose, gros.
  Il bascula en avant et s'écrasa sur le sol. Omar lui fila trois coup de pied dans le ventre.
  - Tu nous défie, connard ! Tu nous défie !
  
  Des bruits de portes qui s'ouvrent. Des potes de Omar venus s'en payer une bonne. Ils furent bientôt une dizaine à les entourer, lui et Christophe. Il commencèrent par les bousculer et les faire tomber à chaque fois qu'il se relevaient. Jonathan luttait pour ne pas pleurer, mais leur situation désespérée lui sapait toute volonté. Il ne fut bientôt plus qu'une loque souffreteuse qui suppliait entre deux sanglots. Rien de tel pour attiser le sadisme de la bande du coin.
  Ils s'en prirent à Christophe et s'en fut plus qu'il n'en pouvait supporter. Il s'évanouit.
  
  Quand il retrouva ses esprits, Christophe lui filait des claques pour qu'il se réveille.
  - Que...qu'est-ce qui s'est passé.
  - Putaing, t'as assuré cousin. La raclée que tu leurs a mis !
  Jonathan s'assit et regarda autour de lui. La dizaine de jeunes gisaient à même le sol, sanguinolents et inconscients.
  - Ils...ils sont morts ?
  - Je pense pas, mais on devrait pas rester ici.
  Il regagnèrent la gare en courant. Dans le train, Christophe lui raconta ce qui s'était passé.
  - Tes yeux sont devenus tout blancs, et j'ai eu l'impression que t'étais vachement balèze. Tu as attrapé le premier par les cheveux et tu l'as assommé contre un autre. Après ça ils ont sorti des couteaux, mais t'as été trop rapide pour eux. Zbouing, pop, craq, tu les as bousillé en moins d'une minute.
  
  Le soir, une fois dans son lit, Jonathan réfléchit à ce qu'il s'était passé. Il lui fallu plusieurs années avant de découvrir par hasard, dans un livre de contes pour enfants, sa vraie nature. Un Changelin. Du moins, ce fut ainsi qu'il se qualifia, quand ses accès de fureurs se manifestèrent à nouveau. Il découvrit qu'il pouvait durcir ses muscles à volonté, travestir les traits de son visage ou encore accomplir des mouvements qu'il n'aurait jamais cru possible.
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Lerrys



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MessagePosté le: Ven Jan 25, 2008 8:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant

  Une délicieuse odeur de pain perdu s’acheminait lentement depuis le rez-de-chaussée. C’était pour Franck la meilleure façon de se réveiller le matin, sentir l’odeur de la cuisine de son épouse. Dans la pénombre déclinante de la pièce, les ombres se mouvaient sur les murs en une danse hypnotique comme pour l’empêcher de se lever. Après quelques instants supplémentaires à profiter de la chaleur réconfortante de son lit, Franck finit par se lever. Tous les matins, il s’adonnait au même rituel, Franck se rendait sous sa douche et alors qu’il se rasait, il entendait le grincement familier de la porte de la chambre, signal que sa femme venait de déposer ses vêtements au pieds du lit. Mais ce matin alors qu’il avait terminé ses ablutions, point de grincement, point de bruit. Il attendit 20 secondes, 40, une minute, rien. Franck sortit de la salle de bain.
  « Hélène ? Hélène ? »
  Seule le silence et un léger écho lui revinrent en guise de réponse. Il descendit les escaliers précipitamment, imaginant le pire. Elle aurait pu glisser et se heurter à un meuble ou encore faire un arrêt cardiaque. Mais lorsqu’il arriva dans la cuisine, ni femme inconsciente, ni mare de sang ne l’attendait. A la place il trouva son assiette de pain perdu qu’il l’attendait à sa place habituelle. Cela ne ressemblait guère à Hélène de sortir en une heure aussi reculée. Hélène sortait peu mais il n’aurait su dire pourquoi. Mais pourquoi s’inquiéter, peut être était-elle simplement partie faire des courses. Franck remonta s’habiller, prit son petit déjeuner et partit travailler.
  La matinée se déroulait paisiblement, la vente d’unité de gestion domotique automatisée n’était pas un métier difficile et les jours de Franck s’écoulaient paisiblement. Cependant aujourd’hui, il semblait ailleurs, l’absence de sa femme au petit déjeuner le perturbait et il avait même raté une vente, oubliant la moitié des qualités du TR 3500, l’intelligence artificielle la plus performante du marché, une interface capable de gérer maison et jardin sur simple commande vocale. Il n’en revenait toujours pas. Alors que midi approchait il prit son téléphone pour prendre des nouvelles d’Hélène mais à la maison personne ne répondait. A la perplexité fit bientôt place de l’inquiétude. Il se décida enfin à taper le code de localisation du véhicule de sa femme sur son téléphone afin d’en obtenir la localisation. Après avoir signifié à son patron qu’il s’absentait et ce malgré ses vitupérations, il prit sa voiture et partit en direction du nord se demandant bien ce que sa femme pouvait faire dans le vieux port.
  Alors qu’il se dirigeait vers le vieux port, il laissa la conduite au VAD (virtual auto driver) pour allumer son interface. Il pensa la rubrique information et prit connaissance des nouvelles locales. Comme son collègue avait essayé de lui raconter il y ‘avait eu un nouveau meurtre commis par un métamorphe dans la nuit d’avant-hier. Il ne comprenait pas pourquoi les gens continuaient à avoir recours à ce genre d’entité. Les métamorphes étaient censés être une révolution pour l’humanité, des êtres crées en laboratoire et qui devenaient la personne de notre choix. Mais le processus d’implantation de personnalité était si complexe qu’il échouait une fois sur quatre créant chez le sujet des séquelles psychotiques graves. Il était cependant content que posséder un métamorphe coûte suffisamment cher pour que ce ne soit pas accessible à tous.
  Il finit tout de même par arriver en vue de la voiture de sa femme. Maintenant qu’il était à proximité il pouvait activer le code de sa puce de repérage. Il la trouva assise dans un café, devant une tasse encore à moitié pleine. Quelque soit le breuvage à l’intérieur il ne dégageait plus aucune fumée ce qui lui fit dire qu’elle était là depuis un moment car Hélène ne buvait jamais froid. Elle ne put cacher son désarroi quand elle le vit apparaître dans l’embrasure de la porte. Elle se raidit et se leva brusquement.
  
  « Qu’est ce que tu fais là ? » lui dit elle sur un ton presque réprobateur.
  « Tu m’as suivi. »
  « Mais non ma chérie, simplement je te cherchais. Je ne t’ai pas vu ce matin et quand j’ai essayé d’appeler ce midi tu n’étais pas là je m’inquiétais. » Son ton se voulait rassurant mais il commençait réellement à s’inquiéter.
  « Si on s’asseyait pour parler, dis moi ce qui ne va pas. »
  « Je ne veux pas m’asseoir avec toi, je ne veux pas. Tu ne devrais même pas être là. Toi tu ne sais pas. Tu ne sais pas. » Ses gestes étaient erratiques et sa voix tremblante.
  « Je ne sais pas quoi ? Arrête donc 5 minutes ton cinéma et parle moi, je perds patience. »
  « C’est du thé à la cannelle et tu ne le savais pas !!!! Tu ne sais plus qui il est, je ne sais plus qui tu es, tout est de ta faute !!! ».
  
  L’incohérence avait fait place à la colère. Dans le bar tout le monde regardait le couple, la tenancière chuchotait à l’oreille de son mari qui se tenait prêt à bondir si une esclandre éclatait.Franck prit fermement sa femme par les épaules pour essayer de la calmer, mais quand il regarda dans ses yeux il eut un déclic, il ne les reconnaissait pas, les détails de son visage, la courbe son menton, ses pommettes légèrement relevées, étaient flous et lui paraissait irréels quasi oniriques, ce n’était pas sa femme. Et son comportement étrange depuis quelques temps, ses changements d’attitudes. Il se mit alors à penser aux informations. Il secoua sa femme avec force.
  
  « Tu n’es pas elle, dis moi qui tu es !!! Où est Hélène, où est elle ??? »
  
  Alors que sa femme appelait la police, l’homme derrière le bar se précipita pour agripper Franck tandis que les clients s’écartaient. Franck se débattit.
  
  « C’est une métamorphe, vous ne voyez pas ? »
  
  Il se dégagea de l’emprise du gaillard pour empoigner une bouteille sur une table, il frappa alors l’homme à la tempe, celui-ci s’écroula alors qu’Hélène n’en pouvait plus de crier et de pleurer. Il se tourna alors vers Hélène et réalisa ce qu’il avait fait. Il laissa tomber la bouteille à terre. La femme derrière le bar se précipita vers son mari qui gisait inconscient, du sang s’écoulant légèrement de sa tempe vers la naissance de ses cheveux.
  
  « Tu as vu ce que j’ai fais à cause de toi. »
  
  Ils restèrent là, immobiles, figés dans l’incompréhension jusqu’à l’arrivée de la police, la seule mélodie qui accompagnait le silence était les pleurs de la tenancière au dessus du corps inanimé de son mari. Ni Franck ni Hélène ne résistèrent quand la police les embarqua. Plus tard au poste, l’enquêteur Samuel Bryant remit son rapport au commissaire.
  
  « Que s’est il passé cette fois ? »
  « Une histoire tragique patron, encore un métamorphe. Ils devraient être interdits. »
  « Mais encore Bryant, c’est vague. »
  « Madame Biolas a perdu son mari et son fils il y a un an mais la prime d’assurance ne couvrait pas assez pour deux métamorphes, elle a donc choisi de recréer son mari, mais la greffe des engrammes mémoriels s’est mal faite et il n’a pas assimilé tout les souvenirs, du coup elle ne le reconnaissait plus et s’en voulait de l’avoir choisi lui plutôt que leur fils. Elle a voulu le quitter et c’est un malheureux qui a trinqué. »
  « Et dire qu’ils sont censés détectés les anomalies en laboratoire. Quand est ce que ces propres à rien de députés vont faire quelque chose pour ces métamorphes, ça devient n’importe quoi. »


Dernière édition par Lerrys le Sam Jan 26, 2008 9:58 am; édité 1 fois
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ath
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Inscrit le: 29 Mai 2007
Messages: 20

MessagePosté le: Ven Jan 25, 2008 10:37 pm    Sujet du message: Une souris verte... Répondre en citant

  La première fois que j'ai pris conscience de mon don, j'y ai trouvé une compensation immédiate à la tristesse que j'éprouvais.
  Mes parents se disputaient pour la énième fois dans leur chambre et je souhaitais plus que tout au monde devenir une petite souris pour les entendre correctement et savoir s'ils parleraient de divorce.
  Ce ne fut même pas douloureux, juste incompréhensible un instant, et quand de stupeur de voir la porte d'un nouveau point de vue, je portais mes mains au visage, je réalisai que je froissais des moustaches dignes de Jerry.
  Je crois que mon coeur de rongeur a bien failli faire un arrêt pour le coup et qu'on aurait eu bien du mal à expliquer la présence d'une souris morte dans le couloir et encore plus ma disparition. Quoique, j'aurais pu fuguer... c'est ce que font les adolescentes de mon âge quand leurs parents ne leurs conviennent plus.
  Enfin si l'idée m'avait traversé l'esprit auparavant, elle se trouvait maintenant bien loin de mes projets. Et le premier était retrouver mon corps humain.
  Je ne savais pas comment m'y prendre ni même si c'était possible. Je me contentais donc de le souhaiter ardemment, et comme la nature est bien faite (mais si étrange), je retrouvais mes joues imberbes et mon corps nu au-dessus d'une pile de vêtements.
  Il valait mieux courir m'enfermer dans ma chambre sur le champ, j'aurais eu du mal à expliquer la situation à qui que ce soit. Je retournais au lit et m'endormais finalement, malgré les milles questions que je me posais.
  
  Ce fut facile de mettre cette histoire sur le compte d'un rêve étrange. Notre esprit à tendance à essayer de nous protéger de la folie en rationalisant le plus possible les événements inexpliqués de notre vie.
  Mais la sensation que je gardais était si vivace qu'au bout de quelques jours je décidais de vérifier si j'hallucinais ou non.
  Mon frère a une passion pour les chèvres. Il les adore tant que maman nous emmène souvent à la ferme du bois de Vincennes pour y passer l'après midi.
  Malgré ses deux ans, il est très intrépide et ne semble pas impressionné ni par leur taille ni par leur vivacité. Je rentrais donc dans sa chambre et une fois installée devant lui pour jouer, je préparais un éventuel spectacle.
  
  - Tu veux jouer aux animaux, Marc ? Tu veux que je te fasse la chèvre ?
  Et Marc de battre des mains avec enthousiasme.
  - D'accord, alors Sylvie va faire la chèvre, et toi tu vas jouer avec elle et lui faire un câlin.
  Je me mettais à quatre pattes, entourée du peignoir très lâche de mon père et je me concentrais très fort sur mon voeu.
  Comme les choses les plus compliquées peuvent avoir des apparences simples.
  Chose souhaitée, chose faite, et Marc semblait subjugué par mon tour, il criait à s'en étouffer « Chèvre! Chèvre! ».
  Je reprenais ma forme avec aisance après qu'il ait tenté à trois reprises de monter sur mon dos, ce qui n'était pas très agréable vu ses 12 kg.
  - Il est bien ce jeu, n'est-ce pas? Ajoutais-je en relaçant le peignoir.
  
  Maintenant il était évident que je pouvais faire des métamorphoses dignes des contes de fées. C'était excitant et effrayant à la fois. Marc avait beau réclamer, je ne lui faisais plus le même prodige, papa et maman ne se posant même pas de questions sur nos jeux d'imitation.
  
  Il me fallut plusieurs mois pour m'entraîner dans ma chambre, et si je brillais en métamorphoses animales, j'avais le plus grand mal à reproduire autre chose que des animaux déjà vus.
  Et les humains... là c'était le plus effrayant. J'arrivais sans mal à adopter l'apparence de ma mère et de mon père, et même celle de Marc.
  Pour être sûre du subterfuge, j'étais allée à ma propre convocation parentale du trimestre, et bien que pétrifiée de peur, j'avais passé le test haut la main. Cela avait eu aussi le mérite de me montrer mes professeurs sous un autre jour, parfois obséquieux, parfois mon sévère, parfois plus humain.
  
  Restait une grande question, qu'est-ce que j'allais faire de ce pouvoir? Je ne connaissais que les x men pour évoquer un tel sujet mais j'avais eu beau lire toute la collection de comics les concernant chez mon meilleur ami David, cela ne m'avançait pas à grand chose.
  Sauver le monde était hors de mes moyens, par contre agrémenter ma petite vie d'expériences hors norme me semblait de l'ordre du faisable.
  Voilà pourquoi je te commence petit journal. Je tiens à relater toutes ces expériences une par une et avec un peu de chance j'en tirerais de bons scénarios de comics...
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Dee
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MessagePosté le: Sam Jan 26, 2008 12:43 am    Sujet du message: Répondre en citant

  Ceux qui connaissent notre existence, même dans leurs légendes, nous craignent car nous pouvons nous dérober à leur regard, prendre l’apparence d’un être de confiance ou d’un quidam. Ceux qui nous craignent nous haïssent et s’imaginent que nous nous liguons contre eux et pour leur perte.
  Nous ne nous liguons pas contre les humains. Beaucoup des nôtres les imitent. La majorité garde forme humaine une grande partie de sa vie.
  Mais surtout, nous ne sommes pas unis. Nous n’avons pas de royaumes à l’instar des humains. Nous n’avons pas de nation. Les nôtres sont de moins en moins nombreux. A force d’imiter ceux qui nous craignent ils se connaissent à peine les uns les autres.
  
  Je ne crains pas les humains. J’ai grandi parmi eux et aucun ne peut me soupçonner de posséder un autre visage. Pourtant je me cache. Je deviens régulièrement une autre personne, plus rarement un animal. Plusieurs fois l’idée de prendre la forme d’un arbre ou d’un objet inanimé m’a traversé l’esprit. Mais aussi loin que m’ait poussé ma fuite, je n’ai pu me résoudre à telle lâcheté.
  Je ne connais pas le visage de mon poursuivant, car il est de ma race. Chaque regard insistant, chaque personne qui me bouscule me rend nerveux. Depuis des mois je voyage d’auberge en auberge, de village en village. J’ai maintenant atteint des régions dont je ne savais rien avant d’y mettre les pieds. Je ne suis même pas sûr de savoir retrouver le chemin de ce que j’appelais ma maison si je voulais retourner auprès de ceux que j’appelais mes amis.
  Pour l’instant je ne peux plus avancer, mes poches sont vides. J’ai dormi quelques nuits dans le froid et l’humidité sous le couvert d’une forêt mais il me faut au moins de quoi me nourrir. Me voilà donc obligé de louer mon dos pour porter les marchandises des vendeurs du marché. Cela fait des semaines que je n’ai pas subi d’attaques, j’ai donc pu prendre ce répit de quelques jours. Pour l’instant et pour ce village je suis un solide gaillard dans la force de l’âge, les cheveux longs et la peau tannée des vagabonds. Je me fais appeler Rody. Une vieille femme m’a pris en affection, elle me laisse dormir à côté de sa cheminée et me nourrit de gruau contre un peu d’aide pour débarrasser sa maison des vieilleries, des nuisibles et pour rajouter quelques tuiles à son toit. Je pourrais m’habituer à cette vie, à sa simplicité. Son calme panse mes plaies et me ferait presque oublier ma fuite. Je repense parfois à ma vie d’avant, à tout ce qui l’agitait, à mes espoirs, mes projets et je me demande si le caractère d’un métamorphe change avec son apparence. Il est vrai qu’en prenant la forme d’un carnassier je ressens toujours l’ivresse de la chasse. Aujourd’hui je suis la proie et j’aimerais que ce village soit le terrier où je pourrais être en sécurité.
  
  Je ne sais pas pourquoi mais il commence toujours par m’observer de loin, sans vraiment se cacher, attendant que je m’en aperçoive. Cette fois je sais que ce sera différent. Il est à cheval. Un fringant cavalier vêtu de couleurs vives et qui ne me quitte pas des yeux depuis l’autre côté de la place. Cette fois sera la dernière. D’habitude nous sommes plus ou moins à égalité et j’ai toujours pu m’en sortir jusqu’alors. Il me sait affaibli. Ma carrure du jour ne doit pas le tromper, il sait que si je me suis attardé ici c’est que je manquais de forces. La traque prend fin et je me demande si j’ai vais seulement prendre la peine de courir, de perdre mes derniers forces avant de sentir les sabots piétiner mon dos. Mon patron me houspille et me demande pourquoi je reste planter là. Sa question je la retourne dans mon esprit avant d’attraper une fourche laissée contre un chariot. Je fais face à mon chasseur. Il ne bouge pas pendant un long moment. Ceux qui m’entourent se demandent ce qu’il m’arrive et finissent par regarder à leur tour ce cavalier impassible. Il se met enfin en marche. Eperonnant sa monture il trotte vers moi avec majesté, imitant à merveille l’air arrogant du nobliaux. Il dégaine son épée. Les gens autour de moi s’écartent et s’affolent. Je lève ma fourche pour parer le coup mais elle vole en éclats au dessus de ma tête. Le garrot massif du cheval me pousse à terre. Mon assaillant me tourne le dos une seconde. Je n’ai plus rien à perdre. Je suis maintenant une petite fille qui se relève et se faufile entre les jambes des passants. Les premiers crient à mon passage. Les suivants n’ont pas pu voir qui j’étais quelques secondes auparavant. J’ai gagné un peu d’avance mais je fuis de nouveau et la foule soutient désormais mon chasseur. Je cours désormais aussi pour distancer la rumeur.
  J’entends de nouveau les sabots battre le pavé non loin. Je deviens matronne et tente de cacher ma respiration haletante en feignant des sanglots. Je n’ai jamais été très doué pour imiter les jérémiades des femmes. La foule me cherche à présent parmi ses rangs. Des regards suspicieux me guettent. Mon chasseur approche, guidé par les indications des derniers à avoir vu la petite fille passer. Il est à quelques pas de moi. Je l’observe, reprenant mon souffle. Nos regards se croisent une première fois, puis une seconde. Je l’ai assez détaillé pour prendre sa propre forme et me jeter sur lui. Je sens sa lame taillader mon dos mais je réussis à le mettre à bas de sa monture. Nous luttons désormais à terre et la seule chose qui nous différencie encore l’un de l’autre est l’épée que je maintiens à bonne distance par un bras pour l’instant plus solide que le sien. Je le sais agile pour l’avoir déjà maintes fois affronté dans de semblables combats. J’essaie de le sonner en le frappant au visage. Je sens sa main lâcher l’épée. Mais je sens aussi des griffes lacérer ma chair. Sa gueule effleure ma gorge. Je roule sur le dos. Il ne me suit pas.
  Je dois mon salut aux bonnes gens du village qui sont maintenant de mon côté et écartent à coups de fourche le loup métamorphe du corps étendu de son chasseur. On me relève. Les villageois forment maintenant un cercle bien armé autour du loup. Ils me demandent ce qu’ils doivent en faire. J’approche. Je vois la peur dans ses yeux. L’instinct animal, celui de la survie, l’a envahi. Il grogne et donne des coups de crocs dans le vide. J’hésite. J’ai un moment l’impression qu’il est pire d’être ainsi capturé par une foule humaine que traqué par un des siens. Pourtant j’ai là le moyen de récupérer ma vie. Il tente de s’approcher de moi, pour m’implorer je pense. Un villageois prend peur et le pique de sa fourche. Le sang s’écoule et le loup recule, larmoyant. Lui non plus n’a plus rien à perdre. Des ailes maladroites se déploient et l’arrachent difficilement à la terre. Je ne connais pas d’autre métamorphe qui ait pris la forme d’un oiseau. Nous n’avons pas l’instinct qu’il faut pour voler.
  Blessé, je sais qu’il n’ira pas loin. Je prends ma décision. Il avait décidé d’en finir aujourd’hui, je ferais de même. On m’amène mon cheval. Je pars à sa poursuite à mon tour.
  
  Le village est bientôt derrière moi. Le mouvement des arbres, le bruit des feuilles, d’une chute, m’indiquent où chercher. Je descends de ma monture d’emprunt. Un visage familier, tordu de douleur, se tourne vers moi. Il a osé prendre mon visage, celui que j’offrais à mes amis humains dans mon village natal. Peut-être est-ce une bravade. Peut-être est-ce une tentative d’attirer ma pitié. Elle ne fait naître en moi que la haine et la colère d’avoir été privé de la vie qui allait avec ce visage.
  Je me jette sur lui sans armes, j’ai laissé l’épée au village. Ma folie m’aveugle. Il est blessé mais toujours agile. Je suis plus fort mais il est plus expérimenté. Il parvient à me pousser sur le dos et mes plaies s’embrasent au contact du sol. La douleur me submerge. Il me faut quelques instants pour réaliser que ses mains enserrent mon cou. J’agrippe ses poignets et tente de le faire lâcher prise mais il tient bon et je ne le vois déjà plus très bien. Je suffoque. Toutes mes pensées sont tournées vers la nécessité de respirer. J’oublie la forme que j’ai prise. Je sens que mon corps ne m’obéit plus. Les fanfreluches de nobliaux s’évanouissent. Au moment où je perds connaissance je suis comme ma mère m’a fait, un corps élancé recouvert d’un duvet brun et roux. C’est mon vrai visage, celui que je n’ai jamais pris le temps de contempler, qui se cyanose.
  
  Contre toute attente la douleur est toujours là. Quand j’en prends enfin conscience j’ouvre de nouveau les yeux. Il est toujours au-dessus de moi. Sa silhouette est encore floue mais je vois qu’il se tient les côtes. Ma vue s’éclaircit. Il semble différent. Lui aussi a abandonné son apparence humaine. De grands yeux bruns m’observent, encore une fois. Un duvet plus clair que le mien recouvre ses traits qui semblent plus délicats à mesure que je les contemple. Une chevelure soyeuse se déploie sur ses épaules.
  Ma surprise me fait hoqueter. Une femelle.
  Elle me regarde avec plus de défiance que lorsqu’elle me traquait. Je réalise que c’est la première fois que je réussis à la blesser, même si ce n’est pas ma main qui tenait l’arme. Elle porte de nouveau sa main à ma gorge, plonge son regard dans le mien.
  « Tu es difficile à attraper, époux, mais maintenant tu es à moi. Je t’ai gagné. »
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Corucia



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MessagePosté le: Dim Jan 08, 2012 10:22 pm    Sujet du message: Répondre en citant

  
   Jules Grieux arriva dans le bar à l'heure dite. Le "Siège du repos" était un établissement que nous affectionnions beaucoup mon ami et moi-même. L'ambiance y était chaleureuse, la musique agréable, et les prix des boissons raisonnables. De plus, sa configuration en faisait un lieu propice à la discussion, et, parfois, aux confidences.
   Mon ami s'assit à la table à laquelle je me trouvais. Je le saluai, puis, rangeai mon livre et finis ma bière tandis qu'il s'installa. Ses gestes brusques trahissaient sa fatigue et sa nervosité. Il devait avoir passé une mauvaise journée, mais il était fort probable que j'aie l'ensemble des détails quelques instants plus tard. Pour ne pas le brusquer, je le laissai prendre la parole
  « - Alors ? Comment tu vas ? Toujours ce même bar, tu ne voudrais pas changer de temps à autre ?
   - Non merci ; j'aime bien celui-ci. Sinon, ça va bien pour moi. Pas de nouveauté particulière à signaler pour le moment. Et toi comment vas-tu? Tes traits sont tirés, ta physionomie trahit ton stress et ton anxiété. Que t'arrive-t-il ? »
   J'avais toujours aimé l'air surpris des gens lorsque je leur parlais de leurs expressions faciales. Jules ne faisait pas exception à la règle, et bien qu'il me connaissait depuis plusieurs années, j’arrivais toujours à le surprendre. Pendant quelques instants, ses yeux bouffis de fatigues s'écarquillèrent à mes paroles, puis, ses traits tirés se détendirent pour esquisser un rapide sourire avant de reprendre sa mine soucieuse et renfrognée.
   La diversité des expressions que l'on pouvait lire sur le visage de Jules était impressionnante. C'était d'ailleurs l'une des raisons qui liait mon amitié à cet homme.
   La joie, l'amusement ou la paix.
   La colère, la peur ou l'anxiété.
   La tristesse, l'ennui, ou le regret
   Toutes ces émotions s'exprimaient pleinement sur le visage franc de mon interlocuteur, et je lui en savais gré. Les moments que nous passions ensemble me permettaient de suivre une succession de métamorphoses inimitables.
  
   Tandis que nous discutions, j'assistais une fois de plus à ce miracle. Jules me racontait sa journée et ses problèmes, et, alors qu'il expurgeait les sentiments et les pensées qui le rongeaient, son visage s'apaisa peu à peu.
   La bouche, tout d'abord tirée, gagna en mobilité à mesure que la langue de Jules se délia. Puis, elle se détendit. Le front ensuite : barré par les soucis et les tensions, s'allégea. Mais, le changement le plus impressionnant était, encore une fois, constitué par les yeux. Lorsque Jules était arrivé, son regard se perdait dans le vague, cherchant un point solide dans le décor comme pour fixer ses pensées. Ce point était mouvant : ses yeux étaient sans cesse mobiles, et bien qu'ouverts, ne voyaient pas ce qui se déroulait dans la pièce —rien d'important, mis à part les allées et venues des serveurs, dont celui venu prendre notre commande. Une fois ses problèmes racontés dans leur ensemble, ses yeux, apaisés, se fixaient sur mois, sans ciller, par dessus son verre. Je savais alors que son expression ne changerait plus, à moins que moi-même je rentre dans le jeu de l'échange. Aussi, me lançais-je.
   « - Tu te souviens du plan de Brice ? Il comptait trouver un moyen de se faire rembourser une thalasso-thérapie par la Sécu. Et bien il a réussit !!
   - Ce double chacal et fils de chacal !! Ha! Ça me met hors de moi quand tu parles de lui. Raconte-moi ce qu'il a fait ! »
  
   Et je le lui racontai. Pendant plusieurs minutes, je lui contai comment notre connaissance commune avait réussit à déjouer le système. Je lui parlais des roublardises et des manigances, insistant sur ma non-adhésion à ces valeurs — non-adhésion que je savais partagée. Et, tout au long de mon récit, je ne quittai pas Jules des yeux.
   Les changements d'expression qu'il présenta, me ravirent une fois encore. Jules ne me quitta pas des yeux, buvant mes paroles comme du lait. En réalité, il s'agissait moins de lait que d'une huile venant embraser son cœur et enflammer son sang. Son front se plissa, fronçant ainsi ses sourcils, lui donnant un regard noir et colérique, chargé de mépris et de rancœur. Je ne comprenais pas entièrement la haine qui habitait Jules à l'encontre de Brice, mais celle-ci était clairement visible dans le rictus qui déforma soudain sa bouche, et qui y resta, figé, immuable comme peinte à même son visage.
   Jules était habituellement prévenant et gentil envers les autres, anticipant leurs besoins, proposant. Les remarques sarcastiques, puis carrément méchantes à l'encontre de Brice, faisaient de Jules un homme totalement différent ; sa personnalité était métamorphosée. Je savais ne pas être capable de tels revirements.
  
   Avant de nous séparer, je souhaitais voir un autre de ses visages. Aussi, changeais-je légèrement de sujet. Je laissai tarir mes remarques à l'encontre de Brice, le tournant en dérision de manière de plus en plus légère, avant d'aborder le sujet sur lequel j'étais convaincu de faire mouche : les blondes. Jules avait, sur ce sujet, un répertoire inépuisable de plaisanteries plus ou moins douteuses — d'ailleurs, souvent plus que moins. Certaines anecdotes étaient tellement misogynes que je ne les ai jamais diffusées.
   Une fois encore, je pu lire sur son visage la gamme des émotions que j'attendais. Les yeux pétillants surmontés par un front léger et détendu, la bouche souriante et large, laissant échapper un rire exubérant, les épaules décontractées. L'homme que j'avais en face de moi avait, une fois encore, changé de visage, presque à en être méconnaissable au regard de l'heure précédente. Voir de telles expressions sur ce visage me ravi.
  
  L'heure de la séparation approchant, nous prîmes un dernier verre avant d'aller régler la note et de nous séparer. La soirée avait été agréable et la nuit était belle. Il était tard et j'avais encore du travail à faire une fois chez moi. J'y arrivai sans encombre. Tout était calme et ma femme dormait. Parfait. J'allai donc à mon ordinateur, me connectai au terminal adéquat et commençai le rapport :
  
  Mardi 15 novembre. Sujet : Jules Grieux.
  Jules Grieux est le meilleur sujet que j'ai jamais rencontré. Les multiples physionomies que peut adopter son visage sont proprement stupéfiantes. Je conseille à nos scientifiques de s'inspirer d'un tel sujet pour améliorer les capacités de camouflage de notre propre race.
  J'ai infiltré les sociétés humaines sous de très nombreuses formes au cours des derniers siècles. Malgré cela, les humains et leurs capacités innées de métamorphose, me surprennent encore.

  


Dernière édition par Corucia le Sam Jan 14, 2012 4:41 pm; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mer Jan 11, 2012 8:23 pm    Sujet du message: Retours sur la nouvelle de Corucia Répondre en citant

  Comme promis dans mon mail, on démarre l'année avec des retours sur les textes. Je m'attache donc ici à faire part des mes impressions et idées sur la nouvelle de Corucia.
  
  Jusqu'au rapport final je ne savais pas trop quoi en penser.
  C'est bien écrit (attention aux petites coquilles : traits => trains, réussit, ...), fluide, agréable à lire donc, mais au final je ne voyais pas trop où on voulait en venir ni ce que l'on voulait nous donner à voire/comprendre.
  Finalement il ne se passe pas grand chose et le suspens que l'on pourrait ressentir à se demander quoi penser de cette situation étrange est estompé par la banalité de la situation.
  
  La fin apporte un éclairage nouveau sur le texte qui m'a finalement fait l'apprécier, vraiment. La façon de traiter le sujet est intéressante.
  
  Si je comprends bien, l'ami de Jules n'est pas humain ou ne se considère pas comme tel. Peut-être par des touches discrètes aurait pu-t-on accentuer cette différence.
  Hormis la manifestation de la palette des émotions humaines sur le prénommé Jules, il existe peut-être d'autre choses de natures à intriguer son ami et donc le lecteur.
  J'aurais chercher à accentuer davantage le décalage, en m'appuyant encore sur les réflexions/commentaires de l'ami de Jules.
  Faire croire que tout est normal, puis par une phrase, dérouter le lecteur.
  Car au final, hormis l'exagération dans la façon de percevoir le comportement de son ami, on reste dans de l’explicable, du raisonnable.
  Mais peut-être était-ce là l'effet recherché... ?
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brendigoo
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Messages: 55

MessagePosté le: Sam Jan 14, 2012 11:05 pm    Sujet du message: Retours stylistiques sur la nouvelle de Corucia Répondre en citant

  L'usage intempestif des appositions ne semble pas aller de paire avec une description subjective de la scène, sauf si le personnage principal pense par appositions (curieux tout de même).
  
  Le manque d'action et de suspens est un frein à la lecture. La fin est intéressante mais c'est tout de même dommage de devoir attendre si longtemps. Essayer d'utiliser mes remarques précédentes pour dynamiser le texte et émoustiller davantage le lecteur.
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Dee
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MessagePosté le: Dim Mar 11, 2012 12:54 am    Sujet du message: Répondre en citant

  Je ne suis pas d'accord avec Brendig. Ca doit être la différence homme-femme mais le manque d'action ne m'a même pas interpellé. J'ai trouvé très intéressant de voir en un simple visage humain un métamorphe bien plus surprenant que n'importe quelle créature issue des livres. Le paragraphe de conclusion nous ramène au genre sf par principe mais je trouve que le texte aurait eu légitimité à exister par lui-même.
  Je suis d'accord pour certaines appositions mais sinon c'est un bon texte.
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