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Emulation semaine 2 : Arbre-monde

 
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Dee
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MessagePosté le: Dim Jan 13, 2008 10:21 am    Sujet du message: Emulation semaine 2 : Arbre-monde Répondre en citant

  Date de début : 15/01/2008
  Date de fin : 21/01/2008
  Thème : arbre-monde
  Taille min : 1 page A4
  Taille max : 2 pages A4
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brendigoo
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MessagePosté le: Mar Jan 15, 2008 12:35 pm    Sujet du message: Un père aimant Répondre en citant

  L'Arbre les attendait au sommet. Son ombre immense se projetait jusque dans la plaine et occultait le soleil brûlant de l'après-midi. Léa peinait à gravir la colline. Des gouttes de sueur lui dégoulinaient du front et brûlaient ses yeux rendus secs par le vent chargé de poussière. Son père avançait devant, d'un pas pressé, arc-bouté comme un saule puissant. Son père avait toujours été fort. Il aurait pu la porter sur ses épaules, comme quand elle était petite, mais depuis quelques temps il hésitait à la prendre dans ses bras ou même simplement à l'embrasser sur la joue le matin quand ils se croisaient. Là-haut, l'Arbre les observait. Ses cocons ambrés et gorgés de sève reflétaient le soleil comme des lucioles.
  
  L'Arbre-monde, l'Arbre de vie. Léa, elle, le surnommait l'Arbre de la mort.
  Elle n'avait vu l'Arbre qu'une seule fois, pour assister au décès de son grand-père. Elle en gardait un souvenir étrange. Son grand-père tenait les mains de son épouse avec les yeux brillants d'une émotion indéfinissable, comme s'il pleurait de laisser derrière lui sa femme, ses enfants et tous les souvenirs chéris de son existence, mais aussi comme si la perspective d'une renaissance dans un corps qui ne souffrirait plus des stigmates de la vieillesse était un salut qu'il convoitait depuis longtemps. Léa avait éprouvé du dégoût pour son grand-père : aimait-il ses proches si peu qu'il ne pouvait supporter davantage les inconvénients d'un âge avancé ? Pour elle, il se précipitait vers la sortie d'une façon qui l'écoeurait.
  Son père la pressa une nouvelle fois.
  - On y est presque, dépêche-toi.
  Léa ne partageait pas son entrain, bien au contraire. Elle se rappelait les cris des mourants, étendus entre les racines noueuses, une main tendue, pour certains, vers les feuillages et les grappes nourricières, attendant fiévreusement que l'Arbre les choisisse, les happe en son sein, et les injecte dans un des cocons suspendus. Là où les adultes voyaient le miracle de la vie et la survie de leur espèce, Léa ne percevait qu'un monstre insatiable, prompte à susciter l'envie déplacée de s'abîmer pour toujours. A quoi bon revivre si l'on oubliait tout de son ancienne existence ?
  
  Un jour, un homme étrange qui s'intéressait à leur monde était venu séjourner quelque temps dans la famille de Léa. Il prétendait appartenir à une autre planète et s'exprimait avec beaucoup de mots incompréhensibles. La plupart des gens le jugeaient sympathique mais le considéraient comme fou. Un doux aliéné avec ses délires amusants. Léa était persuadée qu'il disait vrai. Ils avaient eu de longues conversations, la nuit, autour du feu.
  
  Un soir, l'Etranger, comme on l'appelait, exposa un avis très intéressant sur l'Arbre et son processus. La chose était d'autant plus étrange que, comme chacun grandissait puis mourrait avec la conscience que l'Arbre était la seule issue possible, personne ne se posait véritablement de question sur son origine ou même sur les conséquences de sa présence. Il existait, un point c'est tout. L'Etranger pensait que l'arbre réduisait la vie à l'instant présent et imposait à chacun de jouir d'un bonheur le plus total possible. Selon lui, si une personne n'était pas suffisamment heureuse, elle pouvait se donner la mort pour tenter à nouveau sa chance. Une des amies d'enfance de Léa s'était suicidée pour une raison similaire. Elle ne supportait pas les brimades de sa mère et pleurait chaque semaine en silence, une main sur ses côtes douloureuses.
  
  Après le passage de l'Etranger, Léa ne cessa de ruminer ses propos. Elle prit le temps d'observer ses semblables et en dégagea des conclusions inquiétantes.
  
  Tour d'abord, il arrivait parfois qu'une personne meurt avant que quiconque n'ait eu le temps de la déposer au pied de l'Arbre. L'Etranger lui avait expliqué que sur la plupart des mondes qu'il avait visités, les espèces se perpétuaient par un processus qu'il appelait « reproduction ». Les gens réalisaient une sorte de copie d'eux-même. Ils pouvaient même en faire plusieurs. Ainsi une épidémie, une guerre, une catastrophe naturelle (des concepts qu'il avait tant bien que mal réussit à lui expliquer) pouvaient être contrés par la reproduction. Comme l'Arbre ne pouvait pas faire plus d'une copie, Léa en avait conclu que son espèce était condamnée à disparaître un jour.
  
  Ensuite, les familles et les amis étaient quasiment toujours les mêmes, à un cycle de génération près, comme si chacun avait la nostalgie de ses vies passées. En fait, Léa réalisa qu'il s'agissait tout bonnement du résultat de ceux qui restaient en vie. Ils désiraient revoir ceux qu'ils avaient connus, même si les différences d'âge nécessitaient de jongler avec le temps, quitte à se faire mourir prématurément...
  
   Elle repassait encore en revue ses conclusions, quand son père s'immobilisa. L'Arbre dressait sa ramure au dessus de leurs têtes, des branches énormes enchevêtrées à la façon de serpents immobiles, avec des milliers d'ouïes bruissant au gré du vent. Une de ses grosses racines recouverte de lichen se déroulait jusqu'à leurs pieds, comme une invitation à une caresse létale. Léa savait que l'Arbre ne tuait pas, mais il poussait si bien les gens à se donner la mort que, pour elle, cela revenait au même.
  - Nous y sommes, ma puce.
  - En effet. Qu'est-ce que tu voulais me montrer ?
  Le même sourire, le même regard étrange qu'il lui adressait depuis une semaine.
  - Approchons-nous, je vais t'expliquer.
  
  Comme ils étaient en nage, son père sortit une gourde de son sac-à-dos et ils burent avidement. Il l'obligea à se tenir avec lui au milieu des mourants. Des mains osseuses agrippèrent plusieurs fois ses mollets. Léa dut jouer du talon pour qu'on la laisse tranquille. Comme ils savaient qu'ils oublieraient tout de leur vie passée et que leurs proches se tenaient à l'écart, les mourants s'autorisaient toutes les bassesses, surtout celle de tripoter une gamine de quinze ans.
  
  - Je t'écoute, reprit Léa au bout d'un moment. Son père demeurait silencieux, comme s'il réfléchissait à ce qu'il voulait lui confier.
  - Hum...
  Quelque chose ne tournait pas rond. Sans compter l'étrangeté du lieu, son père avait une expression qui lui glaçait les os.
  - Parle papa, lâcha-t-elle, autant irritée qu'affolée.
  - Léa, se décida-t-il enfin à dire. Léa tu vas mourir.
  - Que... qu...quoi ?
  Il lui laissa le temps d'assimiler cette information. Abasourdie, Léa essaya de dire quelque chose, mais une boule compacte obstruait sa glotte.
  - Tu vas mourir et je vais t'accompagner dans ce voyage.
  - Co..comment, réussit-elle enfin à articuler. Je me sens bien. Tu comptes me tuer froidement, ici. Papa ?
  - C'est déjà fait.
  Son regard, à moitié triste, tranchant comme une lame, s'attarda sur la gourde qui gisait à leur pieds.
  - Tu m'as empoisonnée. Tu nous as empoisonnés tous les deux.
  Elle lui frappa le torse de ses poings fermés à plusieurs reprises.
  - Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? Tu es ...tu es fou, complètement fou.
  Il lui attrapa les bras et tenta de l'embrasser. Elle se dégagea.
  - Je l'ai fait pour nous deux, Léa. Parce que je t'aime, et pour que tu m'aimes.
  - Mais je t'aime, papa. Je...je ne comprends pas.
  - Pas comme ça. Je veux dire, je t'ai aimé comme ma fille, mais cela ne suffit plus.
  Léa recula d'un pas, horrifiée par ce qu'elle venait d'entendre. Son père la désirait ? Son père en qui elle avait placé toute sa confiance, ce père avait avec qui elle avait joué pendant des heures petite, ce père chéri, qui n'avait jamais eu une parole ou un geste déplacé, ce père était devenu en quelques instants un monstre libidineux qui ne pensait qu'à la violer.
  - Tu es...tu es effrayant, monstrueux. Je te déteste.
  Elle cracha par terre et se mit à sangloter. Elle s'agenouilla et enfouit sa tête dans sa jupe. Sa vision commençait à se brouiller et le souffle lui manquait. Était-ce seulement sa peine ou le poison oeuvrait-il déjà ?
  - Ce n'est pas ça, Lucie.
  - Lucie ? Tu m'appelles Lucie, maintenant ?
  - Je t'appelle comme on va t'appeler dans ta prochaine vie et aussi parce qu'avant d'être Léa, tu étais Lucie, ma femme.
  Léa redressa la tête. Elle ne savait pas s'il lui racontait des bobards ou si c'était vrai. Mourir avec l'angoisse de ne pas savoir l'effrayait comme jamais elle n'avait eu peur de sa vie. Son père la tuait-il vraiment parce qu'elle avait été sa femme dans une vie précédente ?
  - Je pensais pouvoir lutter, ajouta-t-il, mais maintenant que tu es presque une femme, je suis confronté à l'évidence. Je ne pourrais pas continuer à endosser mon rôle de père à tes côtés. Chaque jour où j'effleurerai ta joue en te saluant, sera comme un coup de poignard, une tentation trop forte. Tu ne t'en souviens pas, mais j'étais fou de toi. Je t'aimais à en mourir; ce que je suis près à faire maintenant pour te reconquérir.
  - Et à me tuer, par la même occasion.
  Elle en oubliait presque qu'elle allait mourir dans quelques minutes. L'égoïsme de son père, son ancien mari, lui donnait envie de le déchiqueter sur place.
  Elle s'empara du couteau resté dans le sac sur le sol et s'approcha de son père.
  - Qu'est-ce que tu fais.
  Il ne réalisait pas. Une chance.
  Elle le poignarda une seule fois, un coup précis en plein coeur. Le couteau resta planté alors que son père s'écroulait, à genoux, puis sur le flanc. Un nénuphar carmin vint fleurir sur sa poitrine. Quelques hoquets, puis il ne bougea plus.
  
  Léa s'assit à ses côtés et lui caressa les cheveux. Un dernier geste pour celui qu'elle avait aimé comme un vrai père et qui ne revivrai plus jamais. Puis elle s'éloigna et attendit que son heure vienne. Celle-ci ne tarda pas.


Dernière édition par brendigoo le Lun Juin 02, 2008 11:33 am; édité 16 fois
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brendigoo
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MessagePosté le: Ven Jan 18, 2008 11:02 pm    Sujet du message: synopsys Répondre en citant

  Je poste ici, le synospys que j'avais en tête avant d'écrire cette nouvelle sur l'arbre-monde. Ceci permettra d'éclairer peut-être le processus créatif : on part sur une idée, on brode, puis on fait quelque chose d'assez différent finalement.
  
  SYSNOPSYS
  
  La vie sur un monde passe par un arbre qui ressuscite les presque-morts. On dépose les mourants entre les racines de l'arbre et on récupère des nouveaux-nés dans des cocons suspendus aux branches. Les nourrissons ont le même patrimoine génétique, mais ils n'ont aucun souvenir.
  Le seul moyen pour les proches de savoir quel est le bon bébé est d'avoir un portrait fidèle (les photos n'existent pas) de la personne tout petit, un signe distinctif (tâche de naissance) ou d'attendre. Un ordre religieux garde les bébés jusqu'à ce que quelqu'un les réclame. Le demandeur doit présenter une preuve officiel qui identifie le bébé comme une proche.
  Léa, une fille de 13 ans est élevée par celui qui fut son mari, Paulin, 40 ans. Léa est rousse avec des éphélides, et très câline. Avec l'éveil de la sexualité chez Léa, Paulin doit affronter la vision d'une Léa sensuelle, de plus en plus proche de la Léa qu'il avait connue en tant que femme.
  Gernice, la mère de Paulin perçoit la détresse de son fils. Elle essaie d'en parler avec lui, mais Paulin n'est pas prêt. La loi permet à un ancien mari d'épouser une ressuscité, mais celle-ci ne doit pas avoir été proche du mari pendant sa nouvelle enfance. Paulin avait fait le choix de l'élever parce qu'il pensait trop vieux pour qu'un nouveau mariage puisse fonctionner : la différence d'âge aurait été trop grande. S'il a pu goûter aux joies délicieuses de la paternité, il regrette maintenant de ne pouvoir prendre et embrasser Léa comme un mari ou un amant.
  Léa se doute que quelque chose cloche chez son père. Il la prend dans les bras puis la rejette comme si elle était possédée. Elle prend cela pour du dégoût qu'elle lui inspire.
  Paulin décide que la seule issue possible est de se suicider. En revivant, il n'aura que 13 ans d'écart avec Léa. Mais comment expliquer ce sacrifice à Léa ? Comment exiger d'elle qu'elle laisse mourir son père pour obtenir un mari, mari qu'elle ne pourrait de toute façon qu'imaginer que comme son père ?
  Ils en parlent à la mère de l'ordre, Sanya la vénérable. Pour résoudre le dilemme, celle-ci leur propose de les faire revivre tous les deux en même temps. Mais Léa ne veut pas mourir. Elle n'a qu'à peine profité de cette vie.
  Paulin, par égoïsme, décide de faire quand même selon l'idée de Sanya. Il emmène sa fille près de l'arbre, prétextant un événement exceptionnel auquel elle doit assister. Il lui donne du pain empoisonné et le partage avec elle, au milieu des mourants qui agonise. Quand Léa découvre ce qu'il a fait, elle pleure, le maudit et lui jure qu'elle fera tout pour l'éviter dans son autre vie.
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Dee
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MessagePosté le: Ven Jan 18, 2008 11:46 pm    Sujet du message: Répondre en citant

   "Le premier jour : Dieu créa la Graine dans toute sa perfection.
  Le deuxième jour : Dieu planta la Graine et la Première Pousse de l'Arbre germa.
  Le troisième jour, Dieu fit grandir l'Arbre et celui-ci étendit sa ramure sur le monde.
  Le quatrième jour, Dieu créa les Insectes et les Araignées et Il leur dit « Régnez sur mon Arbre car Je suis Dieu Votre Père."

  - Tiens-toi droit Jérôme.
   Le cinquième jour, Dieu créa les écureuils et tous les autres mammifères afin que les Insectes comprennent qu'ils étaient supérieurs à la bête et aimés de Lui.
  Le sixième jour, Dieu créa les oiseaux, pour rappeler aux Insectes que Lui seul est immortel.

  - Dieu avait de l'humour.
  - Jean-Pierre, je t'en prie, pas au temple.” Les antennes de madame Cinel s’agitaient furieusement sous ses yeux inquiets qui allaient de droite et de gauche pour voir si quelqu’un avait entendu la boutade de son mari.
  Une dernière prière commune et le petit temple à l’angle de la troisième et quatrième branche commença à se vider. Madame Cinel poussa son petit Jérôme vers la sortie. Elle vérifia que son diadème de feuilles bicolores était toujours bien en place puis alla remercier le prêtre de son sermon. Monsieur Cinel la suivit et salua le religieux mais se contenta de lui souhaiter une bonne journée.
  Jean-Pierre Cinel accompagnait toujours sa femme à l’office le matin du premier jour de la semaine et il ne voyait pas d’inconvénient à ce que Jérôme reçoive les bases d’une éducation religieuse. Mais il n’était pas vraiment une coccinelle très croyante et Madame Cinel, Margot, s’offusquait souvent de ses petites plaisanteries sur le sujet. Pour lui l’office du premier jour était surtout l’occasion d’une petite ballade et de saluer les gens du quartier.
  Une bonne odeur les accueillit à leur retour chez eux. Margot faisait toujours un effort supplémentaire en cuisine le premier jour de la semaine. Tandis que sa femme arrosait le rôti de puceron, Monsieur Cinel s’installa dans son fauteuil et n’eut pas de trop de quatre pattes pour tenir son journal et en même temps hisser Jérôme sur ses genoux.
  “ Papa, est-ce qu’il parle de l’écureuil ?
  - Oui, attends, laisse-moi lire. Ils disent ici qu’il s’est installé loin de la Réserve du Tronc-centre. Oui ils ont dit hier qu’il s’était faufilé dans une carrière termitière du nord-ouest. Ah voilà, ils disent que l’entreprise de vermoulage a dû cesser ses activités et qu’elle demande au ministère de la sylviculture une dérogation pour se débarrasser de l’animal.
  - Ca veut dire quoi papa ?
  - Ca veut dire qu’une partie de nos impôts est attribuée à la préservation des écureuils de la Réserve, que tout le monde sabre la liqueur de puceron dès qu’un nouveau bébé écureuil montre ses moustaches dans un zoo et maintenant ils veulent chasser cet écureuil sauvage.
  - A table. Et le ministère qu’est-ce qu’il dit ?
  - La décision n’a pas encore été rendue d’après le journal.
  - Ils ont tenu bon la dernière fois quand les fondamentalistes voulaient faire stopper la réintroduction des rouge-georges.
  - Oui mais cette fois c’est une entreprise qui fait la demande. Et avec le gouvernement qu’on a... Ca ne m’étonnerait pas qu’une petite lettre de la grosse termite en chef suffise à faire fléchir le président.
  - Allons, plus de politique, c’est l’heure de manger.”
  
  Le petit Jérôme Cinel allait à l’école sur la troisième branche. Comme son papa il avait le dos jaune marqué de trois points noirs. Il n’y avait pas beaucoup d’autres coccinelles dans son école. Beaucoup de fourmis, quelques termites. Le meilleur ami de Jérôme était un petit garçon arraignée du nom d’Eric mais tout le monde dans la classe l’appelait Ojehem parce qu’il était le seul à avoir huit pattes. A l’école il y avait encore moins d’arraignées que de coccinelles.
  Jérôme aimait bien sa maîtresse, Mademoiselle Aptere, elle était gentille et elle avait de jolies antennes. Ce qu’il aimait bien aussi, c’était le cours de science.
  Ce jour là, ils étudiaient l’orgigine du monde. Mademoiselle Aptere leur avait expliqué qu’on avait la preuve scientifique qu’il y avait bien eu une Graîne à l’origine de l’arbre parce qu’on avait étudié les glands que les écureuils ramenaient des plus hautes branches. La maîtresse disait qu’ils contenaient tous une graîne qui devait ressembler à la Graîne de l’arbre.
  “Mais alors mademoiselle, si on plante un gland un autre arbre pousse ?
  - Oui, Jérôme.
  - Mais alors pourquoi il n’y a qu’un Arbre ?
  - Parce qu’il y a que Dieu qui fait grandir l’Arbre, répondit Julien à la place de la maîtresse.
  - D’après les scientifiques il a fallu des milliers de saisons pour que l’Arbre atteigne sa taille actuelle. Si tu plantes une graine aujourd’hui tu ne verras jamais sa pousse aussi grande que l’Arbre.
  - Mais Dieu a fait grandir l’Arbre en un jour, poursuivit Julien.
  - C’est au prêtre de dire ce qu’a fait Dieu. Les scientifiques, eux, se basent sur les preuves qu’ils ont sous les yeux.
  - Mademoiselle, si l’Arbre a des milliers de saisons, pourquoi ses graînes n’ont pas donné d’autres petits arbres ?
  - Les chercheurs pensent qu’il est possible qu’il existe d’autres arbres mais ils n’ont pas encore les moyens techniques de le vérifier. Mais on parle de monter une expédition pour installer un nouvel observatoire à l’extrémité d’une des plus hautes branches.”
  Jérôme en avait rêvé le reste de la journée. D’autres arbres, d’autres mondes. Ca ne faisait pas rêver tous les élèves. Mademoiselle Aptere avait eu du mal à faire taire les bavardages. Julien et d’autres fourmis échangeaient des messes-basses sur ce que leurs parents diraient en entendant ça, que ça n’avait rien à voir avec ce que disait le prêtre.
  
  “Julien dit que Dieu est une fourmi.
  - Et bien tu sais ça ne m’étonnerait pas.” avait répondu Monsieur Cinel avec un drôle de petit sourire.
  Madame Cinel remonta les couvertures sous le menton du petit garçon.
  “Ne l’écoute pas Jérôme, Dieu n’est ni une fourmi, ni une coccinelle. Allez, fais de beaux rêves mon chéri.
  - Bonne nuit maman. Dis papa, tu crois qu’un jour on enverra des insectes sur d’autres arbres ?
  - Pourquoi pas. On en saura sûrement plus quand ils auront construit cet observatoire.
  - Et tu crois que moi, un jour, je pourrais aller sur un autre arbre ?
  - Je serais toi, dit Monsieur Cinel en se penchant pour faire un bisou à son fils, je musclerais mes ailes.”
  Cette nuit-là, comme de nombreuses nuits qui suivirent, Jérôme rêva d’une coccinelle jaune parmi un escadron d’abeilles et de fourmis volantes qui partaient explorer l’univers à la recherche d’autres arbres, d’autres mondes.
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ath
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MessagePosté le: Sam Jan 19, 2008 11:25 pm    Sujet du message: L'arbre fée Répondre en citant

  Un noeud de tiges souples et feuillues se dénouèrent avec le vent, dévoilant une branche nimbée de lumière. N’y voyez là aucun artifice. Il s’agissait juste de l’assistance de centaine de lucioles venues éclairer le miracle. D’une feuille recourbée, une fragile créature, collante et maladroite, sortit en rampant presque misérablement. Malgré ses efforts, elle esquissait un sourire. Anya était née. Le vieux saule pleureur avait enfin réussi la prouesse de mettre au monde son âme, à travers ce petit être encore engourdi. Sous la branche, la rivière faisait miroiter en auréoles la lumière de ses admiratrices.
  
  Vous me direz qu’il est connu que les fées existent, mais ce que peu de personnes savent, c’est qu'elles sont les enfants des arbres, les plus nobles et les plus vieux. Pour être tout à fait exact, elles sont la partie mobile de leur âme, leur minuscule incarnation.
  
  Anya tenta de se relever sans trébucher sur ses longues ailes irisées mais encore poisseuses. Elle les lustra précieusement pour leur donner un aspect plus présentable, puis elle tenta un premier battement pour les délier et achever de préparer son premier vol. Elle avait bien vu les papillons, les abeilles et les oiseaux faire leurs mouvements insensés contre la pesanteur quand elle vivait encore au coeur de sa sève, mais il était moins évident de le mettre en pratique.
  Enfin, la nature étant bien faite, la fée parvint à s’élever et les lucioles l’accompagnèrent jusqu’aux racines, ses propres racines, pour approcher l’eau et y faire une toilette.
  Elle se laissa bercer par le silence et son inconstance, un moment satisfaite de reconnaître le même fond sonore qu’avant sa naissance hors de son écorce.
  Enfin libérée de ce corps lourd et ancré dans la terre, elle pouvait goûter le plaisir d'être détachée de tout, de pouvoir s'enfuir loin des branches. Mais naître demande une énergie considérable et elle dut rapidement se résoudre à s'abandonner au sommeil, dans le creux d'une de ses branches.
  
  Le lendemain, la lumière lui sembla encore plus éblouissante et elle s'empressa de s'envoler pour explorer les alentours. Un frêne qu'elle connaissait bien mêlait une partie de son branchage au sien. Des sureaux bordaient un chemin qui s'approchait de la rivière ainsi que d'un ponton où une barque clapotait doucement ; une taupe avait quadrillé la berge sans trop s'approcher de l'eau et un ragondin, suivi de sa famille, creusait sans retenue dans la glaise pour y agrandir son terrier.
  Voilà qui était familier et rassurant, mais si peu excitant.
  Elle prolongea son vol pour survoler un parc ou des humains jouaient. De chaînes rouillées retenaient des péniches qui tanguaient. Et encore des humains et des chiens, sur les pelouses.
  Anya se garda bien de les approcher. Elle avait vu certains d'entre eux empoisonner le sol à ses pieds avec des liquides mortifères et elle avait tremblé de peur en les entendant utiliser leurs instruments de torture pour obliger les sureaux à rester vivants dans un espace réduit.
  
  Anya se concentrait sur le paysage et avançait sans peur mais un mur fermait l'horizon. Sur celui-ci, des centaines d'ouvertures factices mettaient en scène des familles humaines ou des lieux vides. Elle avait beau aller dans un sens où dans l'autre, elle ne parvenait pas à échapper à cette succession verticale de terriers humain.
  Cela devint si angoissant qu'elle repartie vers son lieu de naissance, comme si elle répondait à l'appel de sa chair.
  La lumière baissait et elle perdait en force. Le retour lui parut bien plus fatiguant que l'aller. Tout était plus fade, moins captivant et elle abhorrait déjà ces êtres vivants qui arrachaient les fleurs, effrayaient les pigeons ou posaient des pièges pour les ragondins.
  Le parc pullulait de leur race et elle réalisait qu'ils semblaient joyeux sur des carrés de béton, au milieu d'architectures de métal et de bois mort.
  Quand enfin elle eut rejoint son saule, son petit corps frêle s'écroula de fatigue et de tristesse, et elle eut la sensation que ses yeux se mouillaient tout seuls.
  
  C'est à ce moment là que Ulysse vint se poser auprès d'elle.
  - Bonsoir Anya, je suis la créature du frêne. J'étais pressé que tu viennes au monde tu sais.
  Anya le regarda, surprise.
  - Je ne suis donc pas seule ?
  - Seule ? » Il avait un sourire rayonnant. « Non, tu vois, ton saule et moi avons la réputation d'attirer les couples d'humains. Nous avons donc la chance d'avoir pu vieillir tranquillement sans qu'on nous mutile. Tu as eu peur lors de ton excursion aujourd'hui n'est-ce pas ? Moi aussi, j'ai eu peur pendant longtemps. Mais tu es là maintenant »
  Anya regarda les yeux doux d'Ulysse et rougit.
  - Oui je suis là, mais le monde est quand même effrayant.
  - Et bien dans ce cas, nous ferons de ton saule et mon frêne notre propre monde.
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dervenn_coz
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MessagePosté le: Dim Déc 18, 2011 4:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

  Wayan en avait marre. Marre d’être traité comme un gosse. Marre de devoir respecter son père, simplement parce que c’était son père alors qu’il ne lui devait rien. Cela faisait de nombreuses années qu’il avait pris l’habitude d’être l’ancien du village, à qui tout le monde doit le respect. Et voilà qu’il devait maintenant s’incliner devant son père, qu’il n’avait jamais connu de son vivant. Et puis, son père s’appelant lui-même Wayan, comme un bon tiers des hommes du Banyan, les confusions fréquentes ne rendaient pas les choses plus faciles.
  Il n’avait pas imaginé la vie dans l’arbre comme cela. Lorsqu’il était encore en vie, il vénérait le Banyan, l’arbre des ancêtres, qui faisait le lien entre la terre et les esprits. Mais jamais il n’avait imaginé qu’il y resterait enfermé une fois mort, ni surtout qu’il aurait à y côtoyer d’aussi près toute sa famille disparue avant lui. Notamment son père, qui avait à peine un tiers de son âge mais tenait particulièrement à son statut de parent. “Va chercher la sève”, “Arrête de rêver dans les feuilles”, “Va te renseigner sur le nouveau Wayan arrivé ce matin”... Non mais, pour qui se prenait-il?
  Wayan avait tellement hâte de quitter la liane familiale pour reconstituer un foyer avec sa femme! Il n’avait pas suffi qu’elle soit morte si jeune et qu’il ait passé la moitié de sa vie sans elle, il fallait maintenant qu’il soit séparé d’elle dans la mort. C’était vraiment trop injuste. Hélas, les lois du Banyan étaient très strictes à ce sujet. Il fallait avoir fait pousser sa propre liane pour être autorisé à y accueillir sa famille. Sinon, les hommes résidaient chez leurs ascendants paternels et les femmes chez leurs ascendants maternels. Vu qu’il habitait chez ses arrière-arrière-arrière grand-parents (qui, eux, étaient en couple, la liane leur appartenant), il avait vite compris que créer sa liane ne devait pas être une tâche aisée.
  Plusieurs fois déjà, il avait tenté de hâter la pousse d’une racine aérienne descendant de la liane familiale, espérant se planter en terre pour créer sa propre liane. Mais il n’était jamais assez rapide: les villageois coupaient toujours la racine à un mètre cinquante du sol, pour éviter que le Banyan ne s’étende trop sur les terres cultivées... Et dire qu’il avait fait partie de ces monstres qui empêchaient leurs ancêtres de passer leur mort tranquille! Comment les vivants pouvaient-ils donc être à la fois si proches de la vérité et si ignorants?
  Puisqu’il ne pouvait pas créer sa liane par racine, il allait devoir faire autrement. Il avait beau chercher, il ne voyait qu’une seule autre solution: il fallait produire un fruit et espérer que celui-ci allait germer. C’était très risqué car cela impliquait une perte totale de contact avec l’arbre d’origine. Il avait entendu dire que certains avaient quitté le Banyan de cette façon, mais ce qu’il était advenu d’eux, personne ne le savait. Il allait donc devoir convaincre sa femme de partir avec lui, dans une aventure dont il ne garantissait pas le résultat... Encore fallait-il qu’il arrive à lui parler sans que son père le rappelle à l’ordre sans cesse! Il avait quand même réussi à organiser un rendez-vous cette nuit, dans les plus hautes feuilles du centre de l’arbre. Elle avait semblé très étonnée de se voir proposer un tel rendez-vous, mais avait accepté. Ah, comme les heures passent lentement quand on attend son aimée!
  
  Choqué. Révolté. Puis déprimé. Anéanti. Et, plus grand que tout, ce sentiment d’incompréhension. Elle ne veut pas. Cela fait quarante ans qu’elle vit avec ses parents, et elle s’y trouve bien. Elle ne voit pas pourquoi elle irait chercher un hypothétique bonheur ailleurs, elle s’est bien passée de lui toutes ces années, plus longtemps que sa propre vie. Et lui, qui a vécu toutes ces années en pensant à elle? Il a eu tort, il aurait mieux fait de vivre, il aurait très bien pu se remarier et avoir des enfants. Voilà ce qu’elle lui avait dit. Il n’aurait pas dû passer sa vie dans le souvenir. Il avait vécu longtemps, certes, mais il n’avait pas vécu. La souffrance était trop grande. Wayan ne voulait plus qu’une chose, disparaître pour de bon. Ne plus exister, ne plus sentir, ne plus souffrir.
  Wayan prit sa décision. Il retira la totalité de sa conscience dans une feuille, puis commença à fermer un à un tous les petits vaisseaux qui apportaient la sève à la feuille. Ce qu’il adviendrait ensuite, il ne savait pas trop. La feuille finirait bien par sécher et tomber de l’arbre. Alors peut-être, lorsque sa feuille pourrirait jusqu’à ne faire plus qu’un avec le sol, son âme pourrait-elle enfin se dissoudre dans l’univers. En tout cas, il ne serait plus obligé de supporter les autres, le besoin d’autorité de son père, le bonheur tranquille de sa femme sans lui.
  La feuille avait enfin séché. Wayan se sentait à l’étroit, comme asphyxié, mais il tenait bon. Enfin, une légère brise commença à faire vibrer la feuille, puis à la bercer dans des mouvements de balancier de plus en plus amples, et tout doucement, il commença à se détacher de l’arbre. Il se sentit libre comme il ne l’avait jamais été. Sa conscience s’étendait au-delà de sa feuille, c’était comme si le vent lui racontait tous les endroits qu’il avait parcourus, tous les objets et les êtres qu’il avait caressés avant de devenir cette brise qui l’emportait. Soudain, il la vit. Cette femme si belle qu’il aurait voulu en pleurer, si attirante, si vibrante de vie. Il fallait qu’il l’approche, qu’il s’ennivre de sa présence, qu’il touche ce ventre rond, plein de promesses pour l’avenir. Comme si le vent obéissait à ses désirs, il partit dans un tourbillon puis ralentit pour aller se poser délicatement, tendrement, sur le ventre de la femme. Celle-ci se tourna en souriant vers son mari. “Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai ce sentiment, presque une certitude. Je pense que ce sera un garçon”. Son mari la serra dans ses bras, puis embrassa le ventre rebondi en chuchotant: “Formidable, mon petit Wayan, tu vas voir comme nous allons être heureux!”
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