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Esquisse - Eghen - scene1

 
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brendigoo
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MessagePosté le: Sam Nov 10, 2007 10:25 am    Sujet du message: Esquisse - Eghen - scene1 Répondre en citant

  La vieille Eglise du tertre déversait son flot de croyants dans la fraîcheur vespérale des rues détrempées de Saint-Preix. Les trois grosses cloches en bronze qui dominaient la foule quelques cent toises au dessus sonnaient si fort que le chanoine Marius devait tonner pour se faire entendre des ouailles obséquieuses qui traînaient après l’office.
  Les bras croisés sous les amples manches de sa soutane immaculée, Marius Aposten écoutait avec lassitude les preuves de dévouement des nouveaux riches de Saint-Preix. Il n’avait bien entendu aucun scrupule à les inciter à se délester d’une partie de leur fortune. La vielle Eglise aux solides murs de granit avait fier allure à l’extérieure, mais la toiture du transept gauche avait souffert de la dernière tempête et menaçait de s’effondrer.
   Plus bas, là où la boue accumulée débordait des caniveaux mal entretenus, le veilleur à la voix monocorde annonçait la fin des vêpres et le début de la nuit. Sa lanterne grinçait lugubrement à chaque à-coup qu’il donnait pour arracher ses chausses à la fange.
   Quelques mètres plus loin, dans la seule lutherie digne de ce nom de Saint-Preix, Ormon Mildow grattait, usinait, lustrait, chevillait, ajustait à la sueur de son front ridé de concentration les éléments d’une mandoline commandée par un trouvère désireux de se faire un nom dans la région.
   A ces stridulations du bois faisait écho le travail de sa sœur. Assise sur la table de la cuisine avec un genou replié pour caler son arc court, Maeva peaufinait avec cœur l’arme qui exposerait à tous son talent d’archer.
   Tout en soufflant sur les copeaux qu’Eghen devrait balayer, Maeva lui narrait avec verve son exploit de la journée.
   - La pomme a purement explosé, Egh, lui disait-elle. Une flèche, une seule flèche, tirée à plus de trente toises. Et je ne te parle pas de dix minutes de concentration pour ajuster. Non, d’instinct, juste le temps de caler mes pieds et de bander mon arc. Tu aurais dû être là, je te le dis. Tu as loupé le tir du siècle. Demain, je t’emmène avec moi.
   Eghen, qui n’écoutait sa sœur que d’une oreille distraite, se donna néanmoins la peine de relever sa proposition.
   - J’aimerais bien, mais maman n’apprécie pas que je te suive.
   Il n’en dit pas plus. Le laconisme était une seconde nature chez lui. Il ne connaissait pas l’humour, ni l’ironie, ou la mesquinerie. Quand quelque chose venait à le concerner d’un peu trop près et qu’il sentait qu’un silence pourrait lui attirer des ennuis, il réagissait, juste le temps de corriger ce qui ne lui convenait pas.
   Maeva le traita de bébé incapable de se séparer des jupons de sa mère. Elle passa en revue toutes sortes de sobriquets peu flatteurs, le morigéna maintes et maintes fois ; mais Eghen ne l’écoutait plus. Sa voix ronronnait à ses oreilles, procurant la basse nécessaire à l’accompagnement des bruits de ciseaux à bois de son père et au son plus lointain du veilleur. Sa mère en finissait avec un client tardif qui voulait passer une commande en urgence. Sa voix haut perché était le contrepoint parfait. Un juron échappa à son père. Il avait dû se blesser.
   Les doigts d’Eghen s’attardèrent sur la porcelaine lisse et froide de l’assiette qu’il venait de poser. Ils en firent le tour plusieurs fois, pour suivre le tracé des motifs gravés en filigrane. Une scène de pique-nique en pleine campagne figurait au centre. Un oiseau perché sur une branche attira son attention, quand une lumière fulgurante brisa net le flot de ses pensées. Eghen baissa un peu plus la tête, au cas où sa sœur aurait la méchante idée de lui infliger une nouvelle calotte. Elle lui arracha les autres assiettes des mains et acheva de dresser la table en quatrième vitesse. Rien n’était aligné, aucune proportion n’était respecté. Un travail bâclé.
   - Egh, quand je te dis de mettre la table parce que maman va monter, c’est pas pour que tu y passes deux heures. Mon pauvre, mais tu es d’une mollesse ! Si maman m’engueule…
   Maeva se tut.
  Les marches de l’escalier principal grinçaient. L’instant d’après Selena Mildow franchissait la porte en hêtre, vêtue de son châle, lasse de sa journée, mais aucun signe extérieur pour en attester . Eghen en oublia la douleur qui pulsait à l’arrière de son crâne. Il aimait sa mère plus que tout au monde. Elle le serra dans ses bras, l’ébouriffa gentiment puis lui demanda de l’aider à porter la marmite sur la table.
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