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Mois 2 : Au coeur de l'océan + Anges et Démons + Mousse

 
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brendigoo
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MessagePosté le: Ven Juin 08, 2012 11:25 pm    Sujet du message: Mois 2 : Au coeur de l'océan + Anges et Démons + Mousse Répondre en citant

  Gabriel souriait alors que la pression de l'océan faisait tourner la flèche du compteur. Il aimait particulièrement ce moment où le monde de la surface disparaît en quelques secondes. Il s'imaginait tel un cosmonaute contemplant la terre, un soupçon de nostalgie pour ce monde éclatant de lumière qu'il risquait à chaque fois de ne plus revoir, et un mélange d'excitation, de fascination et d'appréhension pour ces ténèbres vertes peuplées de créatures fantastiques. Un monde, son monde, qu'il ne partageait avec personne, hormis quelques anecdotes contées aux collègues qui n'avaient pas sa chance, obligés d'analyser les relevés topographiques derrière leurs écrans vingt quatre pouces. Sa femme l'avait quittée avec leurs enfants, lui donnant ainsi l'occasion de se consacrer corps et âme à sa passion.
   En vingt ans de recherche, Gabriel n'avait jamais tenté ce qu'il s'apprêtait à faire. James, l'ingénieur en charge des améliorations lui avait certifié que le Deep-blue résisterait aux pressions de la fosse. Les grincements du métal avaient beau faire partie de chaque descente, il leurs trouvait cette fois des sonorités plus lugubres.
  
   D'un geste il alluma les phares de l'engin. Un mérou ébloui écarquilla ses yeux puis s'enfuit sans demander son reste. Gabriel se rendit compte que la surface agitée par la tempête n'était plus visible par le toit. Le haut était désormais tout aussi sombre que le bas, hormis les phares braqués vers les profondeurs. L'océanographe sortit sa fiole de whisky et connecta son mp3 à la petite sono intégrée à l'habitacle. Les hauts-parleurs entonnèrent l'air de la descente aux enfers de Berlioz, l'alcool s'écoula dans sa gorge et Gabriel put enfin savourer la solitude des fonds marin, guidé par le pilote automatique.
   Pendant la descente un grand cachalot colla son oeil noire contre la vitre. Gabriel aperçut sa silhouette reflétée au fond de la pupille. Le physétère l'étudia un court instant avant de disparaître d'un puissant coup de queue sonore.
  
   Trois heures plus tard, le sous-marin heurta le fond de la fosse.
   Deux bras articulés sortirent sans bruit et, sous le commandement expert de Gabriel, commencèrent à ramasser des échantillons. On n'y voyait pas à plus de cinq mètres et les fumerolles orangées qui s'échappaient du sol en spiralant troublaient la lumière des phares. Un peu plus loin, une baudroie dissimulée sous le sable agita un rayon de sa nageoire dorsale.
   « Par ici ».
   Quelqu'un venait de parler et Gabriel ne pensait pas qu'il s'agissait de la baudroie. Peut-être un mauvais réglage dans le dosage de l'air ? Il regarda aussi sa fiole de Whisky, vide à présent.
   « Par ici. Viens ».
   La voix venait de sa propre tête et, s'il s'agissait d'une hallucination, elle était fichtrement réaliste. Elle se répéta trois fois. Sans trop savoir comment, Gabriel sut la direction qu'il devait prendre. Il ne s'étonna pas davantage de l'étrangeté de la situation. Quelqu'un lui demandait de venir, par un obscur procédé télépathique, à des milles de la surface.
   Le sous-marin fusa en rasant le sol. Il traversa les fumerolles. Plus il s'approchait et plus Gabriel entendait la voix. Elle avait l'air contente.
   Le sous-marin s'immobilisa. Une galerie circulaire de quelques mètres de large s'enfonçait dans le sol. La fumée qui s'en échappait ne permettait pas à Gabriel d'en estimer la profondeur. La voix insista pour qu'il s'y engouffre mais l'océanographe n'était pas sûr d'arriver à manoeuvrer dans un espace aussi exigu. Son regard tomba sur la réserve d'oxygène. Plus que vingt minutes avant de devoir remonter.
   « Dépêche toi. Viens. Tu ne le regretteras pas. »
   La voix mettait tout son talent à le convaincre. Gabriel éprouva du désir, un désir aussi fort que si la plus belle des femmes s'offrait entièrement nue et lui demandait de s'approcher. Il sentait que cette émotion était artificielle. Pourtant, comme elle l'enveloppait avec de plus en plus de force, il céda et engagea son sous-marin dans la galerie.
   L'engin racla plusieurs fois contre les parois du boyau. La chaleur à l'intérieur ne cessait d'augmenter. Gabriel n'avait pas pensé à comment il s'y prendrait pour revenir. Il n'y avait pas de possibilité de manoeuvrer pour faire demi-tour. La réserve indiquait qu'il lui fallait remonter maintenant.
  Trop tard, jura-t-il, un donnant un coup dans le tableau de bord. J'espère au moins que le jeu en vaut la chandelle.
  « Tu es presque arrivé, susurra la voix. Tu ne vas pas être déçu. »
   Les parois se teintèrent d'une lueur orangée puis, après un virage, la galerie s'élargit brusquement et déboucha sur une immense cavité sphérique éclairée par la chose qui gisait en son centre. Gabriel ne voyait encore qu'une forme rougeoyante qui l'aveuglait, par contraste avec les ténèbres du fond de la fosse. Ses yeux s'accommodèrent et son coeur s'arrêta de battre un instant..
   Un gigantesque démon trônait au milieu de la cavité, assis sur un rocher recouvert d'algues calcinées. L'incarnation de Satan tourna la tête et tendit vers lui une main griffue capable de saisir tout entier le sous-marin. La main s'arrêta alors que résonnait le claquement métallique de chaînes. C'est à ce moment seulement que Gabriel réalisa que la créature était enchaînée. A ses yeux il ne pouvait s'agir que d'un démon, avec ses deux cornes logées sur l'avant de sa tête, ses yeux jaunes dans lesquels se lisait une intelligence hors norme et surtout cette chaleur incandescente qui se propageait jusque dans l'habitacle.
   Gabriel essaya de faire marche arrière pour remonter dans le boyau, au risque de s'écraser contre les parois, mais un courant fort et soudain vainquit la résistance des turbines. Le démon ouvrait grand sa gueule et aspirait l'eau. Entre deux inspirations, il recrachait le surplus sur le côté. Dans le sous-marin Gabriel transpirait comme un boeuf et s'activait frénétiquement sur les commandes. Mais rien n'y faisait : il se rapprochait inexorablement du démon.
   - Je ne vais pas te manger, humain, lui dit ce dernier sans bouger la bouche. J'ai besoin de toi. N'aies pas peur.
  Il s'empara du sous-marin et braqua ses yeux jaunes sur le pauvre Gabriel. Une décharge violente le secoua et il sentit une partie de l'esprit du démon se déverser en lui, telle une encre lourde et visqueuse s'enroulant autour de ses synapses et répandant un antique savoir qui dépassait son entendement.
  
   Il se réveilla mais ses yeux refusaient de s'ouvrir. Il entendait des mouettes, le roulis des vagues et la craquement d'un plancher. On chuchotait autour de lui.
   - Il se réveille, capitaine.
   - Écartez-vous. Place. Ca va Monsieur Hagemart ? Vous nous avez fichu une sacrée peur, si j'ose dire.
  Ses paupières acceptèrent enfin de se relever et le visage rubicond du capitaine du Mer-d'azur lui apparut. Son haleine empestait le hareng, comme à leur première rencontre.
   - Bon dieu, mais qu'est-ce qu'il vous arrive, tonna le capitaine. Vous avez la jaunisse ou quoi ? Vous avez les yeux tout jaune, je vous jure.
   Gabriel essaya de se relever mais comme il chancelait, il appuya sa main sur l'épaule du capitaine. A son contact, une décharge lui secoua la tête et il prit conscience de l'existence entière de Marcus Andreas, né à Boston, en 1963, devenu capitaine à l'âge de vingt sept ans seulement. Son entrée à l'école maternelle, Teddy et sa bande qui voulait lui piquer ses images à la récrée, son premier béguin, Mathilde, son premier flirt, le décès de sa mère...La tête lui tourna et il dût finalement se rasseoir.
   - Restez assis, ça vaut mieux oui. Je vais faire venir notre médecin. Stanislas, va chercher le doc, s'il-te-plaît.
  
  A suivre...
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